Neurodivergence

Endométriose, SOMP et neurodivergences : ce que montrent vraiment les études

Les liens entre endométriose, SOMP/PCOS, TDAH et autisme commencent à être documentés par la recherche. Mais les données restent encore partielles : elles montrent des associations, pas des certitudes ni des diagnostics automatiques.

Un angle mort qui commence à être étudié

Dans la communauté endocopine®, les questions autour du TDAH, de l'autisme, de l'endométriose et du SOMP reviennent souvent. Ce n'est pas étonnant : la recherche commence à explorer les liens entre santé hormonale, douleur chronique, inflammation, métabolisme, santé mentale et neurodéveloppement. Mais ce sujet demande de la nuance. Dire qu'il existe des associations ne veut pas dire que tout est expliqué. Cela ne veut pas dire non plus qu'une endométriose ou un SOMP « causerait » un TDAH ou un autisme. Aujourd'hui, trois grands ensembles de résultats se dégagent : - les liens possibles entre endométriose, douleur chronique et TDAH ; - les associations entre SOMP/PCOS et certains troubles neuropsychiatriques ; - l'influence possible du cycle hormonal sur les symptômes du TDAH chez certaines femmes.

Endométriose et TDAH : un signal à explorer

Des données récentes suggèrent que les femmes atteintes d'endométriose pourraient être plus souvent concernées par un TDAH ou par des symptômes attentionnels que d'autres femmes. Mais les mécanismes exacts restent incertains. Plusieurs pistes sont discutées : - un terrain biologique partagé ; - l'effet de la douleur chronique sur l'attention, le sommeil et la fatigue ; - le brouillard mental lié à la maladie ; - des biais diagnostiques ; - une combinaison de plusieurs facteurs. Le point important : ce signal ne permet pas d'affirmer que l'endométriose « cause » un TDAH. Il invite surtout à mieux écouter les patientes qui décrivent, en plus de la douleur, une fatigue cognitive, une difficulté à se concentrer, une surcharge sensorielle ou un épuisement mental durable.

Illustration éditoriale : utérus et cerveau reliés, évoquant les liens explorés entre endométriose et santé neuro-cognitive.
Signal observé dans plusieurs cohortes récentes. Les mécanismes restent à préciser.

Et l'autisme dans tout ça ?

Pour l'autisme, les données sont encore plus prudentes. Certaines études retrouvent davantage de comorbidités physiques chez les personnes autistes, y compris dans des systèmes hormonaux, digestifs, immunitaires ou gynécologiques. Mais cela ne veut pas dire qu'un lien causal direct entre autisme et endométriose est établi. Il est plus juste de dire que la santé physique des personnes autistes, en particulier des femmes et des personnes assignées femmes à la naissance, reste encore insuffisamment étudiée. Ce que l'on sait déjà, en revanche, c'est que le diagnostic tardif de l'autisme chez les femmes peut compliquer l'accès aux soins : symptômes minimisés, douleur mal interprétée, communication différente en consultation, surcharge sensorielle dans les parcours médicaux. Ce n'est donc pas seulement une question biologique. C'est aussi une question d'écoute, de représentation et de prise en charge.

SOMP/PCOS, autisme et TDAH : attention aux confusions

Pour le SOMP/PCOS, les données sont plus nombreuses, mais elles sont souvent mal résumées. Plusieurs études ont observé des associations entre PCOS/SOMP et certains troubles psychiatriques ou neurodéveloppementaux. Mais il faut distinguer les populations étudiées. Cesta et al. (2016) ont étudié les femmes avec PCOS et plusieurs diagnostics psychiatriques dans une cohorte nationale suédoise. Cesta et al. (2020) ont étudié le PCOS maternel et le risque de troubles neuropsychiatriques chez les enfants. Dubey et al. (2021) ont publié une méta-analyse sur le PCOS maternel et les troubles neuropsychiatriques chez les enfants, incluant notamment l'autisme et le TDAH. Certaines données concernent donc les femmes avec PCOS/SOMP elles-mêmes. D'autres concernent les enfants de mères ayant un PCOS/SOMP. Ces résultats ne permettent pas de conclure qu'un SOMP « cause » un TDAH ou un autisme. Ils montrent plutôt que ces intersections méritent d'être mieux étudiées.

Infographie comparative illustrée entre un groupe sans SOPK et un groupe avec SOPK au sujet de l'autisme.
Association statistique rapportée dans certaines études. Association n'est pas causalité.

Cycle hormonal et symptômes du TDAH

Le lien entre hormones et TDAH est l'un des sujets les plus intéressants de la recherche récente. Chez certaines femmes avec TDAH, les variations hormonales du cycle peuvent moduler : - l'inattention ; - l'impulsivité ; - la fatigue cognitive ; - la dysrégulation émotionnelle ; - la sensation de surcharge ; - la difficulté à démarrer ou terminer des tâches. Les données récentes suggèrent notamment un rôle possible des variations d'œstrogènes. Mais la recherche reste en construction. Contraception hormonale, grossesse, post-partum, périménopause et ménopause sont aussi des périodes où certaines personnes rapportent des changements de symptômes. Cela ne veut pas dire qu'il existe une règle simple valable pour tout le monde. Cela veut dire que le cycle hormonal peut être une donnée utile à observer, surtout quand les symptômes varient fortement selon les périodes.

Les hypothèses explorées

Les chercheurs explorent aujourd'hui plusieurs pistes pour comprendre ces associations.

1. Les hormones

Androgènes, œstrogènes, progestérone et variations du cycle pourraient influencer certains symptômes cognitifs, émotionnels ou métaboliques. Dans le SOMP/PCOS, les androgènes et les troubles métaboliques sont particulièrement étudiés. Dans le TDAH, les fluctuations d'œstrogènes sont de plus en plus discutées.

2. L'inflammation et l'immunité

L'endométriose est souvent décrite comme une maladie inflammatoire chronique. Certains travaux explorent aussi le rôle de l'immunité, de l'inflammation et du stress physiologique dans les troubles neurodéveloppementaux. Mais il faut rester prudent : ce sont des pistes de recherche, pas des explications uniques.

3. La charge cognitive

Douleur chronique, fatigue, troubles du sommeil, errance médicale, surcharge sensorielle, rendez-vous répétés, adaptation permanente : tout cela peut peser sur l'attention, la mémoire, l'énergie et la régulation émotionnelle. Chez une personne déjà concernée par un TDAH ou un fonctionnement autistique, cette charge peut devenir encore plus lourde.

Ce que ça ne veut pas dire

À ne pas confondre : - Avoir une endométriose ou un SOMP ne signifie pas être TDAH ou autiste. - Être TDAH ou autiste ne signifie pas avoir une endométriose ou un SOMP. - Association ne veut pas dire causalité. - Un article ne permet pas de poser un diagnostic. - Les mécanismes restent encore étudiés. - Le cycle hormonal n'explique pas tout. - Une difficulté cognitive ou sensorielle mérite d'être entendue, même quand elle ne rentre pas dans une case simple.

Ce qu'on peut préparer avant une consultation

Sans chercher à s'auto-diagnostiquer, il peut être utile de noter quelques éléments avant une consultation : - les variations des symptômes selon le cycle ; - les périodes de fatigue cognitive ou de brouillard mental ; - les symptômes sensoriels qui impactent les soins ; - les douleurs ou symptômes gynécologiques associés ; - les diagnostics déjà posés ; - les hypothèses déjà discutées avec un·e professionnel·le ; - l'impact concret sur le travail, les études, le sommeil, les relations ou les soins. En consultation, il est possible d'aborder la question des variations hormonales et de leur impact possible sur les symptômes, sans en faire une explication unique. L'objectif n'est pas d'arriver avec une conclusion toute faite. L'objectif est d'arriver avec des éléments plus clairs.

Pour finir

Les informations présentées sont à visée éducative. Elles ne remplacent pas une consultation médicale, ne posent pas de diagnostic et ne recommandent pas de traitement.

À retenir :

  • Endométriose, SOMP, TDAH et autisme sont étudiés ensemble dans un nombre croissant de travaux, mais les données restent encore partielles.
  • Le SOMP/PCOS est associé dans plusieurs études à certains troubles psychiatriques ou neurodéveloppementaux, selon des populations et des méthodologies différentes.
  • Chez certaines femmes avec TDAH, les variations hormonales du cycle peuvent moduler certains symptômes.
  • Les grandes pistes explorées sont les hormones, l'inflammation, le métabolisme, la douleur chronique et la charge cognitive.
  • Un article informe. Il ne diagnostique pas.
Sources
  • Cesta C.E. et al., « Polycystic ovary syndrome and psychiatric disorders: Co-morbidity and heritability in a nationwide Swedish cohort », Psychoneuroendocrinology, 2016.
  • Cesta C.E. et al., « Maternal polycystic ovary syndrome and risk of neuropsychiatric disorders in offspring: prenatal androgen exposure or genetic confounding? », Psychological Medicine, 2020.
  • Dubey P. et al., « A systematic review and meta-analysis of the association between maternal polycystic ovary syndrome and neuropsychiatric disorders in children », Translational Psychiatry, 2021.
  • Cherskov A. et al., « Polycystic ovary syndrome and autism: A test of the prenatal sex steroid theory », Translational Psychiatry, 2018.
  • Eng A.G. et al., « Attention-deficit/hyperactivity disorder and the menstrual cycle: Theory and evidence », Hormones and Behavior, 2024.
  • Kooij J.J.S. et al., « Research advances and future directions in female ADHD: the lifelong interplay of hormonal fluctuations with mood, cognition, and disease », Frontiers in Global Women's Health, 2025.
  • Ward J.H. et al., « Increased rates of chronic physical health conditions across all organ systems in autistic adolescents and adults », Molecular Autism, 2023.

Les informations présentées sont à visée éducative. Elles ne remplacent pas une consultation médicale, ne posent pas de diagnostic et ne recommandent pas de traitement.