Endométriose, SOMP et neurodivergences : ce que montrent vraiment les études
Les liens entre endométriose, SOMP/PCOS, TDAH et autisme commencent à être documentés par la recherche. Mais les données restent encore partielles : elles montrent des associations, pas des certitudes ni des diagnostics automatiques.
Un angle mort qui commence à être étudié
Dans la communauté endocopine®, les questions autour du TDAH, de l'autisme, de l'endométriose et du SOMP reviennent souvent. Ce n'est pas étonnant : la recherche commence à explorer les liens entre santé hormonale, douleur chronique, inflammation, métabolisme, santé mentale et neurodéveloppement. Mais ce sujet demande de la nuance. Dire qu'il existe des associations ne veut pas dire que tout est expliqué. Cela ne veut pas dire non plus qu'une endométriose ou un SOMP « causerait » un TDAH ou un autisme. Aujourd'hui, quatre grands ensembles de résultats se dégagent : - l'association observée entre endométriose et TDAH ; - les premières données concernant endométriose et autisme ; - les associations entre SOMP/PCOS et certains troubles neuropsychiatriques ; - l'influence possible du cycle hormonal sur les symptômes du TDAH chez certaines femmes.
Endométriose et TDAH : un signal à explorer
Une grande cohorte nationale suédoise publiée en 2020 a observé une association entre endométriose et diagnostic de TDAH (Gao et al., 2020). Les femmes ayant une endométriose présentaient davantage de diagnostics ultérieurs de TDAH, et les femmes ayant déjà un diagnostic de TDAH présentaient également davantage de diagnostics ultérieurs d'endométriose. Ces résultats montrent une association statistique, pas qu'une maladie cause l'autre. Les mécanismes susceptibles d'expliquer cette association restent incertains et doivent encore être étudiés. Plusieurs hypothèses sont discutées pour tenter de comprendre cette association : facteurs biologiques ou génétiques partagés, effets de la douleur chronique, troubles du sommeil et fatigue, charge cognitive liée à la maladie, biais diagnostiques ou combinaison de plusieurs facteurs. À ce stade, aucune de ces pistes ne permet à elle seule d'expliquer l'association observée. Ces données ne permettent pas d'affirmer que l'endométriose cause un TDAH, ni qu'un TDAH cause une endométriose. En pratique, des difficultés cognitives persistantes peuvent être discutées avec un professionnel de santé, sans préjuger de leur origine ni conclure à un TDAH.
Et l'autisme dans tout ça ?
Les données concernant directement autisme et endométriose sont encore limitées. Dans une étude transversale publiée en 2023, l'endométriose était rapportée plus souvent chez les participantes autistes que chez les participantes non autistes (6,57 % contre 3,74 %) (Ward et al., 2023). L'association persistait dans les analyses ajustées des auteurs. Mais cette étude reposait sur un questionnaire en ligne et un échantillon de volontaires : elle permet d'identifier un signal, pas d'estimer à elle seule la fréquence de l'endométriose dans l'ensemble de la population autiste ni d'établir un lien causal. Plus largement, plusieurs travaux montrent que les personnes autistes présentent davantage de problèmes de santé physique dans différents systèmes organiques, même si leur santé physique reste encore insuffisamment étudiée. Les personnes autistes peuvent aussi rencontrer des barrières spécifiques dans les soins, notamment liées à la communication, aux sensibilités sensorielles et à l'organisation des parcours de santé (Raymaker et al., 2017). Ce n'est donc pas seulement une question biologique. C'est aussi une question d'accès aux soins, d'écoute et d'adaptation des prises en charge.
SOMP/PCOS, autisme et TDAH : attention aux confusions
Pour le SOMP/PCOS, les données sont plus nombreuses, mais elles sont souvent mal résumées. Plusieurs études ont observé des associations entre PCOS/SOMP et certains troubles psychiatriques ou neurodéveloppementaux. Mais il faut distinguer les populations étudiées. Cesta et al. (2016) ont étudié les femmes avec PCOS et plusieurs diagnostics psychiatriques dans une cohorte nationale suédoise. Cherskov et al. (2018) ont examiné, à partir de données de santé, des prédictions issues de la théorie des stéroïdes sexuels prénataux, en étudiant les associations entre PCOS et autisme chez les femmes et leurs enfants. Cesta et al. (2020) ont étudié le PCOS maternel et le risque de troubles neuropsychiatriques chez les enfants. Dubey et al. (2021) ont publié une méta-analyse sur le PCOS maternel et les troubles neuropsychiatriques chez les enfants, incluant notamment l'autisme et le TDAH. Certaines données concernent donc les femmes avec PCOS/SOMP elles-mêmes. D'autres concernent les enfants de mères ayant un PCOS/SOMP. Ces études portent sur des populations, des questions de recherche et des méthodologies différentes : leurs résultats ne doivent donc pas être additionnés comme s'ils démontraient un mécanisme unique entre SOMP, TDAH et autisme. Ces résultats ne permettent pas de conclure qu'un SOMP cause un TDAH ou un autisme. Ils montrent plutôt que ces intersections méritent d'être mieux étudiées.
Cycle hormonal et symptômes du TDAH
Chez certaines femmes avec TDAH, les variations des hormones sexuelles au cours du cycle pourraient être associées à des variations de certains symptômes. Les études disponibles suggèrent notamment des variations possibles de l'inattention, de l'impulsivité ou de la régulation émotionnelle selon certaines phases hormonales. Cependant, les données restent limitées : une revue systématique publiée en 2025 n'a identifié que 11 études, souvent de petite taille et méthodologiquement hétérogènes (Osianlis et al., 2025). Les résultats actuels suggèrent donc une association possible entre hormones sexuelles et variations des symptômes du TDAH, mais ne permettent pas encore d'établir une règle générale valable pour toutes les femmes. Contraception hormonale, grossesse, post-partum, périménopause et ménopause sont aussi des périodes où certaines personnes rapportent des changements de symptômes. Observer ses symptômes au fil du cycle peut constituer une information utile à discuter avec un professionnel de santé, sans en faire un outil diagnostique.
Les hypothèses explorées
Les chercheurs explorent aujourd'hui plusieurs pistes pour comprendre ces associations.
1. Les hormones
Androgènes, œstrogènes, progestérone et variations du cycle pourraient influencer certains symptômes cognitifs, émotionnels ou métaboliques. Dans le SOMP/PCOS, les androgènes et les troubles métaboliques sont particulièrement étudiés. Dans le TDAH, les fluctuations d'œstrogènes sont de plus en plus discutées.
2. L'inflammation et l'immunité
L'endométriose s'accompagne de processus inflammatoires et immunitaires qui font l'objet de nombreux travaux. Parallèlement, certains travaux étudient le rôle potentiel de processus inflammatoires et immunitaires dans différents troubles neurodéveloppementaux. Les résultats concernant notamment le TDAH restent cependant préliminaires et hétérogènes. Il s'agit donc de pistes de recherche, et non d'une démonstration selon laquelle l'inflammation liée à l'endométriose provoquerait un TDAH.
3. La charge cognitive
Douleur chronique, fatigue, troubles du sommeil, errance médicale, surcharge sensorielle, rendez-vous répétés, adaptation permanente : tout cela peut peser sur l'attention, la mémoire, l'énergie et la régulation émotionnelle. Chez une personne déjà concernée par un TDAH ou un fonctionnement autistique, cette charge peut devenir encore plus lourde.
Ce que ça ne veut pas dire
À ne pas confondre : - Avoir une endométriose ou un SOMP ne signifie pas être TDAH ou autiste. - Être TDAH ou autiste ne signifie pas avoir une endométriose ou un SOMP. - Association ne veut pas dire causalité. - Les mécanismes restent encore étudiés. - Un article ne permet pas de poser un diagnostic. - Des difficultés d'attention, une fatigue cognitive ou un brouillard mental peuvent avoir de nombreuses causes et ne constituent pas, à eux seuls, des signes suffisants pour conclure à un TDAH. - Le cycle hormonal n'explique pas tout. - Une difficulté cognitive ou sensorielle mérite d'être entendue, même quand elle ne rentre pas dans une case simple.
Ce qu'on peut préparer avant une consultation
Sans chercher à s'auto-diagnostiquer, il peut être utile de noter quelques éléments avant une consultation : - les variations des symptômes selon le cycle ; - les périodes de fatigue cognitive ou de brouillard mental ; - les symptômes sensoriels qui impactent les soins ; - les douleurs ou symptômes gynécologiques associés ; - les diagnostics déjà posés ; - les hypothèses déjà discutées avec un·e professionnel·le ; - l'impact concret sur le travail, les études, le sommeil, les relations ou les soins. En consultation, il est possible d'aborder la question des variations hormonales et de leur impact possible sur les symptômes, sans en faire une explication unique. L'objectif n'est pas d'arriver avec une conclusion toute faite. L'objectif est d'arriver avec des éléments plus clairs.
Pour finir
Les informations présentées sont à visée éducative. Elles ne remplacent pas une consultation médicale, ne posent pas de diagnostic et ne recommandent pas de traitement.
À retenir :
- Une grande cohorte suédoise a observé une association entre endométriose et TDAH, que le diagnostic d'endométriose précède ou suive celui de TDAH, sans démontrer de causalité.
- Les données concernant directement autisme et endométriose sont encore limitées, même si certains travaux rapportent davantage d'endométriose chez des participantes autistes.
- Le SOMP/PCOS est associé dans plusieurs études à certains troubles psychiatriques ou neurodéveloppementaux, mais les populations étudiées diffèrent et aucun mécanisme causal unique n'est démontré.
- Les hormones sexuelles pourraient être associées à des variations des symptômes du TDAH chez certaines femmes, mais la littérature reste encore limitée.
- Hormones, inflammation, génétique, douleur chronique, sommeil et charge cognitive font partie des pistes étudiées : aucune ne constitue aujourd'hui une explication unique démontrée.
- Un article informe. Il ne diagnostique pas.
- Gao M., Koupil I., Sjöqvist H., Karlsson H., Lalitkumar S., Dalman C., Kosidou K., « Psychiatric comorbidity among women with endometriosis: nationwide cohort study in Sweden », American Journal of Obstetrics and Gynecology, 2020, 223(3):415.e1-415.e16. DOI: 10.1016/j.ajog.2020.02.033.
- Cesta C.E. et al., « Polycystic ovary syndrome and psychiatric disorders: Co-morbidity and heritability in a nationwide Swedish cohort », Psychoneuroendocrinology, 2016.
- Cesta C.E. et al., « Maternal polycystic ovary syndrome and risk of neuropsychiatric disorders in offspring: prenatal androgen exposure or genetic confounding? », Psychological Medicine, 2020.
- Dubey P. et al., « A systematic review and meta-analysis of the association between maternal polycystic ovary syndrome and neuropsychiatric disorders in children », Translational Psychiatry, 2021.
- Cherskov A. et al., « Polycystic ovary syndrome and autism: A test of the prenatal sex steroid theory », Translational Psychiatry, 2018.
- Eng A.G. et al., « Attention-deficit/hyperactivity disorder and the menstrual cycle: Theory and evidence », Hormones and Behavior, 2024.
- Kooij J.J.S. et al., « Research advances and future directions in female ADHD: the lifelong interplay of hormonal fluctuations with mood, cognition, and disease », Frontiers in Global Women's Health, 2025.
- Ward J.H. et al., « Increased rates of chronic physical health conditions across all organ systems in autistic adolescents and adults », Molecular Autism, 2023.
- Osianlis E., Thomas E.H.X., Jenkins L.M., Gurvich C., « ADHD and Sex Hormones in Females: A Systematic Review », Journal of Attention Disorders, 2025, 29(9):706-723. DOI: 10.1177/10870547251332319.
- Raymaker D.M., McDonald K.E., Ashkenazy E., Gerrity M., Baggs A.M., Kripke C., Hourston S., Nicolaidis C., « Barriers to healthcare: Instrument development and comparison between autistic adults and adults with and without other disabilities », Autism, 2017, 21(8):972–984. DOI: 10.1177/1362361316661261.
Les informations présentées sont à visée éducative. Elles ne remplacent pas une consultation médicale, ne posent pas de diagnostic et ne recommandent pas de traitement.
